Antoine Turmine

 

Mon entraînement

 

Avant de parler de mon entraînement de danseur, je crois qu’il est essentiel de préciser que je proviens d’un milieu où l’entraînement et la formation continue sont moins ancrés dans les mœurs des artistes. Dans la pratique des danses traditionnelles et folkloriques, l’apprentissage et le raffinement d’une « technique » sont beaucoup plus ponctuels que réguliers. La formation s’inscrit en effet davantage dans l’expérience des rencontres, des voyages et de l’écoute musicale (ou une forme d’intégration des codes musicaux s’invite avec les années). Mon baccalauréat en danse contemporaine fut donc mon premier contact avec ce qui est identifié comme des « classes techniques » — sa structure, mais également l’habitude, la discipline qu’on associe à celles-ci. 

 

Suite à mon baccalauréat, et pour plusieurs raisons, j’ai diminué drastiquement ma pratique des classes techniques. Ce rendez-vous quotidien est rapidement (re)devenu épisodique. Par contre, cette volonté et ce désir de me maintenir « comme danseur » sont restés. Je ne me souviens plus comment tout s’est enchaîné, mais j’ai commencé à chercher des cours de Feldenkrais en ligne. Comme la pratique est guidée essentiellement par la voix, je me suis dit qu’il existait probablement des classes en ligne (sous forme de podcasts ou autres), d’autant plus que je pouvais suivre facilement l’exploration chez moi sans me soucier de bien voir l’écran ou d’avoir un grand espace. À ma grande surprise, j’ai trouvé plusieurs classes : la majorité en anglais (en podcasts, sur YouTube ou sur iTunes) et j’ai tout de suite accroché ! Ça me permettait d’explorer des patrons moteurs et je sentais que ça avait un impact dans mon travail. Avec le temps, je me suis développé une méthode, je choisis désormais un thème pour une période donnée en fonction de ce sur quoi je travaille. Ça me permet d’ouvrir des couches sur l’interprétation du mouvement une fois dans la recherche en studio. C’est comme si cette exploration en amont me faisait réaliser qu’il y avait d’autres petites ouvertures possibles dans le mouvement. L’autre avantage qui m’a motivé à poursuivre était évidemment l’enjeu financier : un album de Feldenkrais (sur iTunes) me coûtait 10 $. Avec cet album, je pouvais travailler chez moi pendant facilement 1 mois et demi sans me démotiver. Puis avec l’arrivée d’Apple music, c’était 5 $/mois pour avoir accès à tous les albums de Feldenkrais présents sur iTunes. Il y a même aujourd’hui des plateformes web dédiées à cette approche comme celle de Vladimir Latocha : Feldenkrais Replay (https://feldenkrais-replay.fr). De fils en aiguille, j’ai donc développé cette autonomie dans la mise en place de mon entraînement. Avec cette discipline, j’ai pu intégrer d’autres types d’entraînements (le Pilates, l’entraînement Spinal, le Rolls model, etc.) à partir de ce qu’on m’avait enseigné et de ce que je lisais. Je me procurais des livres en faisant des recherches sur des objectifs d’exploration (chaînes musculaires, récupération, partitions, fascias). Mon entraînement régulier est donc devenu un lieu d’exploration qui façonne mon travail de création et d’interprétation. Et cette frontière devient toujours un peu plus poreuse : l’un influence les recherches de l’autre.

 

Évidemment, ça ne m’empêche pas d’avoir un entraînement extérieur plus formel (ex. Classe de maître ou classe technique), mais mon entraînement régulier, lui, suit les flux de mes humeurs ou de mes objectifs de travail. L’entraînement extérieur devient alors beaucoup plus un lieu de rencontre et d’ouverture. J’ai l’impression d’être beaucoup plus dans le plaisir de la découverte que dans l’habitude. Comme je le mentionnais, cette liberté me permet d’adapter mon entraînement à ce qui a cours dans ma vie et qui joue sur mon humeur et mon niveau d’énergie. Je sais par exemple que si je suis fatigué, j’axe mon entraînement sur de l’entraînement physique qui exige moins d’attention : pas de mémorisation, pas d’attention partagée. Je me sers également de la musique pour pousser lentement le rythme de l’entraînement (c’est progressif). J’essaie également d’inclure une séance de yoga nidra, de rolls model ou de respiration afin de récupérer. Par contre, lorsque je suis en forme, je me permets d’être dans une recherche du détail et dans un raffinement du mouvement. J’ai des objectifs techniques et j’essaie d’inclure un travail de mémorisation. Je termine souvent ce travail par une séance guidée en Feldenkrais. Le travail est donc également de me (re)connaître par l’entraînement. Je cherche à écouter et identifier mes signaux corporels pour les comprendre et ainsi faire des choix judicieux dans mon travail et le travail des autres une fois en studio.

© 2019 Julien Blais & Alexis Trépanier

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