Passation/réflexion/analyse/documentation de l'enseignement d'Angélique Willkie.

Un extrait de dialogue capté durant les ateliers de Passation/réflexion/analyse/documentation de l'enseignement d'Angélique Willkie. Concernant les impulses et le jeu dans la classe technique d’Angélique Willkie. Printemps 2019, Circuit-Est centre chorégraphique Montréal.  

 

 

Angélique Willkie : Early in my career in Vienna, the kids were small, I would always start technique class having them run around in the studio.  You think OK, you know, you don’t have to do what they do, but how do you kind of integrate this playfulness in terms of the floor, you know what I mean? They have a totally different relationship to their centre of gravity.  You watch an early walker sit down, it’s not about the head… 

 

Emmanuelle Bourassa Beaudoin : It’s about the butt

 

Neil Sochasky : When you think about it, their heads are giant and even with a giant head, they’re still doing that [demonstrates dropping to the floor with the butt]

 

A.W. : Their centre of gravity, you look at it, and it should be up here [gesturing towards her head and shoulders] and yet, they just kind of drop.  So, it’s really interesting in what we propose that we somehow be able to remind and remember the kind of “simplicity” of natural movement impulses. J’ai envie d’utiliser les six membres. Parfois en classe je demande aux étudiants de danser un adage avec la bouche ouverte.  Ils doivent bouger la bouche en le faisant, parce que le fait d’utiliser ça comme membre, like a limb, du coup, ils ont un meilleur accès à tous les membres supérieurs. 

 

N.S. : You don’t have a lot of activities with your mouth that aren’t “human” activities.  So it’s going to personalize you in a certain way…

 

A.W. : Je me rends compte qu’au début de notre vie, la première action primordiale, vie et mort, c’est ouvrir la bouche.  C’est crier, c’est respirer, c’est prendre le téton. And, it’s one tube.  Donc, c’est intimement relié à ce qui se passe en bas.  Si par le fait de faire ça, je me donne un meilleur accès aux membres supérieurs, du coup, je crée un lien entre ce triangle-ci [elle montre la tête et les deux mains] et l’autre [elle montre le sacrum et les iliaques]. Tu vois, qui s’intègre sans que j’aie à y réfléchir, sans que j’aie à calculer… Ce que je veux c’est trouver les connexions sans calculer. Dépasser ce côté plus mental.  

 

En sachant où [l’exercice] va se situer [dans la classe], je me mets dans l’espace, je cherche, je vois ce qui sort, parfois je m’en rappelle, parfois pas, je laisse voir ce qui se dessine et puis une fois que c’est dessiné et je sais que je peux le faire des deux côtés, je le revisite pour comprendre ce que j’ai trouvé.  Pour l’instant, je n’ai pas encore réussi à réfléchir à ce que je veux communiquer et puis créer ce que je veux communiquer, ça je n’y arrive pas.  Je crois qu’aussi, le fait de dépendre de ma propre expérience corporelle pour non simplement m’informer mais pour créer, ça veut dire que je vais avec ce qui se sent, ce qui se présente, ce qui se manifeste.  Et puis, après ça, je fais l’analyse de l’objet. 

Si je dois apprendre ça à quelqu’un, qu’est-ce que je dis? Quelles sont les images qui le nourrissent, les métaphores qui vont faciliter cette exécution-là? Sur quoi est-ce que je m’appuie en fait?

 

N.S. : À quel point est-ce que tu fixes des comptes?

 

A.W. : Après.  Simplement après.  Je les découvre.  Une fois que c’est construit des deux côtés, je découvre si c’est 8 ou 13 ou 12 ou 6… Je ne le sais pas forcément à l’avance.  Le huit est tellement inscrit en nous que voilà, il y a beaucoup de 4/4, ¾, qui sortent.  Mais une fois que j’ai créé mon matériel, que je sais que je peux l’exécuter, je regarde ce que je suis en train de proposer, j’essaie de commencer à comprendre, parce que ça aussi, cette analyse-là, passe également par le corps. Est-ce que c’est une impulsion rapide ou est-ce que c’est lent? Je commence à jouer avec le matériel.  Si je devais faire ça plus rapidement, est-ce que ça marcherait? Parfois oui, parfois non, absolument pas.  La version improvisée est la version juste.  À ce moment-là, je sais que ça, ça prend deux temps, ce n’est pas un temps pour chaque mouvement.  Donc, tu vois, les comptes viennent vraiment au moment de l’analyse de la chose.  Et pour moi, c’est aussi une façon d’être informée par ce que, moi, je vais considérer comme ma propre musicalité ou la musicalité intrinsèque au mouvement, à la phrase, à l’exercice qui émerge, plutôt que de m’imposer une musicalité qui viendrait de ce que Thom [Gossage] va jouer ou un morceau de musique, etc… Pour moi, la musique n’est pas toujours un reflet de ce que moi je vis.  Je n’ai pas envie que ça se passe de cette façon-là. Je veux qu’il y ait dialogue entre ce que moi je vis et ce que j’entends, d’où l’importance de revenir à cette notion de jeu : jouer avec la musicalité, jouer avec le rythme.  Si je commence à créer par rapport aux comptes, à ce moment-là, je ne suis plus dans le jeu, je suis encore une fois dans une imposition extérieure à la physicalité des mouvements que je propose, que j’expérimente.    

 

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© 2019 Julien Blais & Alexis Trépanier

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